Médecin et poète, William Carlos Williams mène pendant plus de quarante ans une vie active, difficile, nourrissant son œuvre de ses expériences, de ses rencontres, de ses réflexions. Le risque était grand de la division, de la dispersion ; il l'a accepté. Mais, en définitive, l'œuvre ne présente pas de fêlure, ne trahit pas de déchirure profonde. L'écriture est à coup sûr pour Williams un moyen d'échapper au malaise de la civilisation. Avec intransigeance, une tenace âpreté, il ne cesse de questionner le phénomène littéraire, rejetant la culture traditionnelle au profit d'une culture qui serait action et praxis, en un mot, invention. Que les poètes américains contemporains le revendiquent comme une influence majeure témoigne bien de la présence d'une voix aux multiples échos.
1. Le lyrisme de la contre-culture : « le lieu du poème est le monde »
Par une décision brutale, sans appel, Williams fuit l'Europe, cette séductrice qui allait ravir ses contemporains (de Henry James à Ezra Pound), les fasciner, les corrompre aussi, pense-t-il. Plus que l'austérité ou la timidité, l'honnêteté lui dicte de s'ancrer dans le sol américain, ce sol qui lui est étranger. En effet, son père est anglais, sa mère originaire de Porto-Rico ; des États-Unis d'Amérique il a donc tout à découvrir, à installer. In the American Grain, publié en 1925, témoigne à la fois de son enquête et de ses options.
Williams naît à Rutherford en 1883, meurt à Paterson (New Jersey) en 1963. Pour les curieux de la petite histoire, l'Autobiographie distille ses mensonges tout en disant aussi la vérité. Que faut-il retenir de ce long trajet ? Tout d'abord que Williams, en géologue passionné, creuse pour trouver ses racines, car « rien ne peut pousser si les racines ne s'enfoncent pas dans le sol ». Ensuite, le poète congédie le temps, s'efforce de le gommer pour échapper à « la tyrannie de la mémoire » ; il choisit l'espace, car, pour lui, l'espace est la seule dimension d'une Amérique privée de mémoire.
Si ses voyages sont p […]
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