4. De la psychologie à l'herméneutique
Dilthey n'a cessé en fait de s'interroger sur la compréhension. Il l'avait d'abord conçue comme un effort pour retrouver, derrière les phénomènes à étudier, la signification que les acteurs eux-mêmes leur avaient attribuée. En ce sens, l'historien devrait pour ainsi dire revivre ce que d'autres ont vécu : la compréhension exigerait alors une mystérieuse et subjective participation, par « sympathie », à la vie psychique d'autrui. Qui plus est, les sciences de l'esprit se résorberaient dans la psychologie, comprise comme science descriptive des processus psychiques (Idées concernant une psychologie descriptive et analytique, 1894).
Les dernières recherches (L'Édification du monde historique dans les sciences de l'esprit, 1910) s'efforcent de dégager les sciences humaines de cette soumission à la psychologie et de rendre la compréhension plus objective. Comprendre ne signifie plus coïncider avec les mobiles, conscients ou non, des acteurs, mais consiste, comme l'on « comprend » la cohésion interne d'une pièce de musique, à replacer chacun des phénomènes considérés dans des ensembles plus vastes ou ils font « sens » : comprendre l'« esprit » d'une réforme juridique, ce sera ainsi construire l'« ensemble » (Zusammenhang) historique, social, culturel auquel elle appartient et à l'intérieur duquel seulement elle devient intelligible.
L'herméneutique fournissait désormais aux sciences humaines un paradigme de la compréhension : pour autant, le projet se trouvait-il ainsi mené à bien de faire accéder ces disciplines à un degré de scientificité comparable à celui des sciences de la nature ?
Au-delà des débats qui, à cet égard, divisent encore ses interprètes, du moins conviendra-t-on que l'œuvre de Dilthey, jusque dans ses plus redoutables ambiguïtés, aura pris rang parmi celles, fort rares, qui ont su interroger dans leurs plus lointaines racines les énigmes du savoir humain.
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