2. Le refus du positivisme
Dilthey n'a cessé de reprocher à Auguste Comte et à John Stuart Mill un monisme naturaliste fermé à la spécificité des sciences sociales. Réduisant le travail de l'historien à enregistrer des corrélations causales entre des faits, le positivisme historique, chez Taine ou Buckle, imposait aux sciences humaines de calquer leurs méthodes sur celles des sciences naturelles.
Contre cet impérialisme, Dilthey, systématisant les intuitions d'un Schleiermacher ou d'un Droysen, creuse l'écart entre les deux groupes de sciences, à partir des places respectives qu'y occupent l'explication et la compréhension. Ainsi l'antipositivisme le conduisait-il directement vers une problématique décisive, aujourd'hui encore, pour toute théorie des sciences humaines.
Si les sciences historiques sont compréhensives, ou interprétatives, comment concevoir, pour leurs énoncés, une validité possible ? Si l'histoire n'est pas enregistrement de faits, ne se voue-t-elle pas à un pur relativisme ? Question d'autant plus légitime qu'à l'époque même de Dilthey s'exprimait l'affirmation nietzschéenne selon laquelle « il n'y a pas de faits, seulement des interprétations » : Nietzsche, prenant lui aussi le contre-pied de l'idéal issu de Comte, réduisait l'histoire à une collection d'opinions sur des opinions, comme si la critique du positivisme devait inévitablement conduire au subjectivisme. Le pari de Dilthey aura été de ne pas céder à un tel vertige : « Le besoin le plus violent que j'ai jamais ressenti, écrit-il encore à la fin de sa vie, c'est la soif de vérité objective. » Reste à déterminer jusqu'à quel point ce besoin, si estimable face aux séductions troubles du relativisme, s'est trouvé satisfait par le développement de sa réflexion.
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