3. À la recherche de l'Amérique oubliée
De retour aux États-Unis, Walker Evans donne, dès 1935, deux directions à son travail, chacune déterminée par une technique différente. Pour les prises de vue instantanées, il s'équipe d'un appareil léger grâce auquel il réalise ses Street Portraits et ses photos dans le métro de New York. La chambre grand format « 8 × 10 inches » (20 × 25 cm) sert pour la photographie d'architecture, où la rigueur de l'ensemble et la recherche implacable du détail soulignent la dimension esthétique d'un travail de grande valeur documentaire.
Reconnu pour la qualité de ses images, Walker Evans reçoit en 1935 ses premières commandes officielles : le Museum of Modern Art de New York lui demande de photographier les œuvres de l'exposition African Negro Art. À partir du mois d'octobre, Roy Emerson Stryker, responsable de la section photographique de la Resettlement Administration (R.A.) mise en place par Franklin D. Roosevelt pour résoudre la crise qui frappe les milieux agricoles des États-Unis à la suite de la Grande Dépression, lui confie une mission photographique en Virginie et en Pennsylvanie. Cette commande est à l'origine d'une des parties les plus importantes du travail de Walker Evans. La composante économique et sociale voulue par la Resettlement Administration laisse une description objective et poignante du désarroi qui frappait les populations rurales autant que le secteur industriel. S'il met beaucoup de soin dans des portraits réalisés sans complaisance ni mise en scène, Evans s'adonne avec bonheur à la photographie des habitats, mais aussi des environnements urbains dans lesquels abondent signes et enseignes. Son séjour dans le sud le porte à utiliser sa chambre grand format pour photographier les vestiges des demeures somptueuses des grands propriétaires esclavagistes. Les images du manoir de la plantation Belle Grove et de la décoration classique de ses intérieurs déserts restent emblématiques de la dimension esthétique et littéraire du regard d'Evans sur tout ce qui touche à l'humanité et à ses trace […]
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