Depuis la fin des années 1950, Bernd et Hilla Becher photographient des bâtiments et des paysages industriels : hauts fourneaux, chevalements, gazomètres, châteaux d'eau, silos à charbon ou à céréales, usines de traitement, etc. Il leur arrive aussi – mais plus rarement – de photographier des paysages et des maisons anciennes et récentes. La grande particularité de ces deux photographes – qui travaillent en couple depuis plus de 40 ans – c'est que chaque sujet, choisi avec soin, est photographié en noir et blanc, à la chambre, et avec une très grande précision dans la restitution des détails du réel. La longueur du temps de pose explique cette finesse mais aussi, en partie, l'absence de tout être humain sur leurs clichés. Ces architectures industrielles, dont la forme est très largement dictée par la fonction, apparaissent comme détachées de leur contexte et la prise de vue, frontale et sans distorsions, leur confère une allure de sculpture. Le premier album des Becher, paru en 1970, s'intitulait d'ailleurs Anonyme Skulpturen, et en 1990, à la biennale de Venise, le couple reçut le grand prix... de sculpture. Au-delà du paradoxe, le trouble qui naît de l'emploi de ce terme, s'agissant d'un travail exclusivement photographique, pointe d'emblée le cœur d'une œuvre qui tient tout autant du document que de l'art.
1. Entre photographie objective et minimalisme
Bernd Becher est né le 20 août 1931 à Siegen, dans la région très industrialisée de la Ruhr, et décédé le 22 juin 2007 à Rostock. Hilla Becher est née le 2 septembre 1934 au sud-ouest de Berlin, à Potsdam. Bernd étudie d'abord la peinture à l'Académie des beaux-arts de Stuttgart, puis commence à peindre des paysages de sa région natale avant d'utiliser pour la première fois la photographie, en 1957, dans le cadre de la démolition d'une mine. En 1959, il rencontre Hilla Becher (née Wobeser), photographe de formation et responsable du laboratoire photographique de l'académie de Düsseldorf. Il commence à photographier avec elle les mines et maiso […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



