Issue du groupe expérimentateur new-yorkais du Judson Church Theater des années 1960, Trisha Brown s'est imposée, au cours de la seconde moitié du xxe siècle, comme une danseuse et chorégraphe des plus inventives, ayant fait évoluer la danse moderne américaine ou modern dance. Partant du rejet de la gestuelle de l'époque, elle élabore un langage qui correspond à une aisance du corps dans un mouvement fluide, « silky », dit-elle, qui, au fil de son questionnement renouvelé, fait appel à une haute et complexe technicité. Parallèlement, la chorégraphe joue de tous les paramètres du spectacle dont elle explore les limites en compagnie de ses contemporains plasticiens et compositeurs. Dans son ultime étape, elle aborde des musiques et des opéras classiques où la théâtralité s'intègre à son style abstrait et reconnaissable entre tous.
1. La vigueur de la côte ouest
Née en 1936 à Aberdeen, dans l'État de Washington, Trisha Brown est une fillette délurée, passionnée de sport et en particulier d'athlétisme. Suivant l'exemple de son frère aîné, elle se lance sur cette voie dès l'âge de dix ans. Un peu plus tard, elle se sent attirée par la danse, mais sans fixer son choix sur une discipline particulière. Elle pratique tout autant le classique et les claquettes, le jazz et l'acrobatie. Au Mills College, Californie, elle découvre la technique mise au point par Martha Graham. Louis Horst, pianiste accompagnateur à la prestigieuse école Denishawn, assistant de Graham, y devient son professeur de composition. Durant les étés de 1955 et de 1959, Trisha Brown le retrouve à l'occasion des stages organisés au Connecticut College. C'est là qu'elle aborde les enseignements de José Limon et de Merce Cunningham. L'année 1959 marque d'ailleurs une étape importante dans son évolution. En Californie, auprès d'Ann Halprin, elle s'initie à l'improvisation et à des travaux sur le son, le chant, l'expression verbale. Elle prend alors conscience de l'importance du geste quotidien, de la valeur qu'il peut rev […]
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