5. Un nouveau champ de création : l'opéra
Inspirée par son expérience chorégraphique dans Carmen, opéra de Bizet que la réalisatrice Lina Wertmuller a mis en scène à Naples en 1987, Trisha Brown ouvre un nouveau champ à sa création. « Je me suis rendu compte qu'il m'était possible d'approcher la musique conventionnelle sans y laisser ma chemise », concluait-elle. Dès 1995, le magnifique M.O., sur un extrait de l'Offrande musicale de J. S. Bach, renouvelle des formes repérables de l'académisme par la gestuelle propre à ses danseurs. Trois ans plus tard, l'Orfeo de Monteverdi, créé à Bruxelles, franchit une nouvelle étape fondée sur la symbiose réussie de la musique, du texte et du mouvement. Cette théâtralité se confirme avec sa mise en scène de Luci mie Traditrici (2001) de Salvatore Sciarrino au Lincoln Center à New York, tandis que Da Gelo a Gelo, du même compositeur, a été créé en mai 2007 à l'Opéra de Paris, qui avait déjà inscrit des œuvres de Trisha Brown à son répertoire : Glacial Decoy en 2003, puis, l'année suivante, O Composite, pièce créée pour trois étoiles de l'Opéra. Entre-temps, Present Tense, à la Biennale internationale de Cannes, revient au piano préparé de Cage pour une aventure aérienne des danseurs où éclate décidément le constat que la danse abstraite de Trisha n'est pas dénuée d'émotion.
Jouant sur les effets réfractés de la mémoire autant que sur un traitement original et personnel du support musical, Trisha Brown est aujourd'hui une des plus grandes chorégraphes de sa génération, une de celles qui n'ont pas cédé au chant des sirènes de la théâtralité dansée. L'ensemble de son œuvre résume – mais aussi dépasse – tout le courant postmoderne américain.
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