2. L'apparition de l'entrepreneur dans l'économie politique
L'analyse de la production constitue la partie la plus importante du Traité et le terrain sur lequel l'approche de Say est aussi la plus novatrice, dans la mesure où elle s'éloigne de la version matérialiste de Smith : « la production – dit-il – n'est pas une création de matière mais d'utilité ». L'utilité est le fondement de la valeur et le prix des choses mesure leur utilité. Si la concurrence est sans entraves, qu'elles soient d'ordre étatique ou monopolistique, le prix du marché exprime la valeur réelle et le coût de production n'est alors qu'une contrainte qui détermine pour le producteur le seuil au-delà duquel il s'arrête de produire. Le traité amorce bien un abandon de la notion de valeur-travail. La valeur, selon Say, est une valeur marchande qui ne se définit que par l'échange. Dès lors, Say accorde un caractère productif à l'activité du savant, à celle de l'entrepreneur ou du négociant, qui contribuent toutes à la formation de la valeur utilité.
La production libérée des entraves de l'État d'ancien régime, de ses privilèges et de ses monopoles, des barrières douanières, ne connaît pas de limites. Toute production entraînant une distribution de revenus équivalente, il ne peut y avoir de décalage durable entre production et consommation. L'offre crée sa propre demande : telle est l'une des expressions de la fameuse « loi des débouchés » qui a rendu le Traité célèbre. Dans cette optique, les crises ne sont que la sanction d'une insuffisance de la production. « Ce sont les obstacles à la production qui seuls empêchent l'écoulement des produits. » Le remède à la crise se trouve alors dans un accroissement de la production. Étendue au domaine de l'échange international, la démarche de Say justifie le libre-échange, fustige le mercantilisme et affirme que, pour que l'un puisse vendre, il faut que l'autre puisse acheter, et que l'échange est d'autant plus favorable qu'il se fait avec des nations riches, idée alors t […]
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