Trois décennies après sa mort, Herriot apparaît déjà comme l'homme d'un moment de l'histoire française, la IIIe République, qu'il perpétua jusque sous la IVe : démocratie parlementaire, liberté de la presse et de réunion, liberté syndicale à ses débuts, libéralisme économique, liberté de pensée et laïcité. Ces principes, qu'il défendit toute sa vie, résument le credo politique d'une autre époque.
Orateur de grand talent, humaniste à la culture étendue, il réussit à représenter le Français moyen à qui il donna une valeur exemplaire. « Le cœur, essentiel aux hommes d'État », a-t-il écrit. Il fut moqué des caricaturistes. « Au régime des consciences qui se louent », il semble avoir mérité l'estime. Maire de Lyon à partir de 1905, sénateur puis député à partir de 1919, chef du Parti radical à la chute de Caillaux en 1919, il le reste jusqu'à sa mort en 1957. Trois fois président du Conseil entre 1924 et 1932, président de la Chambre des députés à plusieurs reprises, son influence est très grande. Vedette politique à partir de 1924, il l'est encore en août 1956 au cours du débat parlementaire où Mendès France laisse rejeter la C.E.D. (communauté européenne de défense). Il a aimé entretenir sa gloire. Distinguer la malchance des fautes qu'il a commises serait tenter de discerner l'erreur de jugement de l'insuffisance du caractère. De ses deux passages à la tête d'un gouvernement dit de Cartel des gauches, gouvernement homogène radical avec soutien S.F.I.O., il laisse une image antithétique : pour les uns, il est l'athée persécuteur, le sectaire anti-religieux, le patriote naïf, sensible à ses succès d'estrade à la Société des Nations, et le responsable du désastre financier ; les autres voient en lui l'homme d'intelligence et d'autorité, l'esprit de conciliation attaché à l'union nationale à l'intérieur et à la construction d'un front uni des démocraties à l'extérieur. Deux gestes politiques restent dans les mémoires. En juillet 1926, il s'attaque au projet des décrets-lois pour […]
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