2. L'auteur d'une épopée moderne
Admiré en sa qualité d'écrivain par Thomas Hardy, Edward Morgan Forster, Robert Graves, George Bernard Shaw..., en sa qualité de stratège et d'homme d'État par sir Winston Churchill et plusieurs chefs militaires, Lawrence compte beaucoup de détracteurs dont l'un, Richard Aldington, est bandé d'une haine aveuglante contre un « imposteur » qu'il juge entièrement frelaté. De fait, la légende puis le mythe de T. E. Lawrence, dont un film scandaleux vulgarisa les pires aspects, nous cachent assez bien le vrai Lawrence (ou du moins : le vraisemblable).
Sous l'agent de l'Intelligence Service, sous le roi sans couronne d'Arabie, sous le simple soldat Ross ou Shaw qui tenta de dissimuler aux indiscrets les retraites et la retraite du colonel Lawrence, peut-on retrouver un homme et l'auteur des Sept Piliers de la sagesse, épopée en prose de la révolte arabe ? Grâce aux lettres qu'il adresse aux siens, à sa correspondance générale, aux documents de l'Arab Bulletin, et surtout grâce à La Matrice (The Mint), reportage du simple soldat sur les blindés et l'aviation, il n'est pas impossible, trente-cinq ans après sa mort, de retrouver sous les masques cet homme-ci : T. E. (ainsi voulait-il que l'appelassent ceux qui l'aimaient).
À une période où l'on célébrait en lui l'archi-espion de l'Intelligence Service, le faiseur de rois, le tombeur d'un immense empire, succéda le temps du dénigrement, surtout en France, parce que Lawrence avait en effet lutté contre elle au Proche-Orient. Certains critiques français se sont distingués en cette campagne de calomnies : tel blagua Les Gaietés de l'escadrille, tel insulta Lawrence le raté. Malgré ses évidentes préventions contre celui qu'il combattait dans le Proche-Orient, Louis Massignon ne méprisait pas son parastate : plutôt en était-il obsédé à l'excès. Débarrassé de sa légende, cet Irlandais espiègle (imp, impish reviennent souvent dans les témoignages portés par les familiers de T. E.) prend enfin sa vraie grandeur.
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