Une rare perfection formelle, résultat d'une recherche constante dans des voies diverses et toujours originales, un répertoire d'une haute tenue littéraire dû à des dramaturges de génie, à qui seule la faible diffusion hors de leur pays de la langue dont ils usèrent interdit d'occuper la place qui leur revient aux côtés des plus grands dans le panthéon des gloires universelles, voilà qui suffirait à retenir pour les trois formes classiques du théâtre japonais : nō, jōruri et kabuki, l'attention de qui s'intéresse à l'art dramatique.
De plus, l'historien du théâtre et le comparatiste trouveront là une matière sans doute unique au monde, du fait que ces formes d'art spécifiques se sont constituées de toutes pièces à des époques où le pays s'était pratiquement fermé aux influences étrangères, donc en partant d'éléments autochtones ou déjà assimilés. Si l'on ajoute à cela l'existence d'une documentation écrite précise et abondante relatant les diverses étapes de leur formation et la transmission, par une tradition ininterrompue jusqu'à nos jours, non seulement de chacune de ces formes dans leur état achevé, mais de certaines des étapes intermédiaires qui y menèrent, l'on comprendra que l'étude du théâtre japonais dans son ensemble fournit des thèmes de réflexion extrêmement stimulants sur les conditions de la naissance et de l'évolution de l'art dramatique dans une société déterminée, ainsi que sur le rôle sociologique et esthétique de cet art dans la formation d'une structure culturelle globale. Et le plus surprenant n'est certes pas que ce théâtre présente des caractéristiques qui lui sont propres, mais plutôt que l'on puisse y retrouver certaines données universelles, que l'on puisse, par exemple, analyser jusque dans le détail les drames de Chikamatsu selon les critères mêmes qui vaudraient pour Shakespeare : dans de telles conditions, les rencontres, voire les coïncidences, ne peuvent être fortuites : elles ne peuvent traduire autre chose que des constantes inhérent […]
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