3. Technique et politique
L'époque contemporaine est sans doute la première à avoir posé explicitement et effectivement dans tous les domaines le grand problème politique : non pas seulement comme lutte pour le pouvoir à l'intérieur d'institutions politiques données, ni pour la transformation de ces institutions et de quelques autres, mais comme problème de reconstruction totale de la société, remettant en cause aussi bien la cellule familiale que le mode d'éducation, la notion de déviance et de criminalité tout aussi bien que les rapports existant entre la « culture » et la vie...
Certes, les grands « utopistes » du passé, et en particulier Platon, le premier et le plus radical d'entre eux, n'avaient reculé ni devant le bouleversement de l'éducation, ni devant la suppression de la famille traditionnelle ; on peut même en trouver qui reprennent à zéro le cadre naturel de la société. Une seule donnée reste pour eux tous intangible : la technologie elle-même. Et cela, malgré quelques formulations des manuscrits de jeunesse, demeure vrai pour le Marx du Capital : la technologie capitaliste lui apparaît comme la rationalité incarnée ; il en décrit et dénonce certes les conséquences inhumaines, mais celles-ci découlent essentiellement de l'utilisation capitaliste d'une technologie positivement valorisée en soi. La technologie et la sphère de la vie sociale en contact direct avec elle, c'est-à-dire le travail, ne sont plus pour lui des objets de réflexion et d'action politique : ils appartiennent, selon sa fameuse phrase, au « royaume de la nécessité » sur lequel le « royaume de la liberté » ne peut s'ériger que moyennant, au premier chef, la réduction de la journée de travail. Les marxistes russes de l'époque de la Révolution ont poussé cette idée à ses conséquences extrêmes : Trotski allant jusqu'à écrire que le taylorisme était mauvais dans son usage capitaliste, bon dans un usage socialiste (Terrorisme et communisme) et Lénine posant la somme de l'électrification et des soviets com […]
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