L'exceptionnelle et spectaculaire manifestation de mécontentement des médecins généralistes amorcée en novembre 2001 et maintenue jusqu'à l'élection présidentielle de 2002, a posé la question essentielle de l'organisation du travail et de la rémunération des médecins en France. Une réponse partielle a été apportée mais, sans doute à cause des divergences nombreuses, la réflexion générale sur l'organisation du système de soins est à nouveau une nécessité. Les conditions de rémunération (à l'acte, à la pathologie, au temps passé...), la liberté d'installation, le mode d'accès au spécialiste, la nomenclature des actes, la maîtrise des dépenses... : la réponse à ces questions ne peut que s'inscrire dans le cadre plus général des relations entre les professions de santé, l'assurance-maladie et l'État pour redéfinir le système de santé pour la France du xxie siècle.
Au sens courant du mot crise, on devrait comprendre qu'il s'agissait de la manifestation ou de l'aggravation de l'état morbide dans lequel se trouve le système de santé. La manifestation visible, pour les patients, de cette situation de crise fut le début de la grève des gardes de nuit par les médecins généralistes, le 15 novembre 2001. Point de départ d'un conflit qui a opposé les médecins libéraux au ministère de la Santé et aux organismes de sécurité sociale, cet événement n'est en fait que l'aboutissement d'un mécontentement qui grondait depuis les ordonnances Juppé d'avril 1996 instaurant la maîtrise médicalisée des dépenses de santé. Les médecins libéraux ne sont pas les seuls à considérer que le système de santé est en crise : les praticiens hospitaliers sont confrontés à une insuffisance chronique de personnel, accrue avec la mise en place des 35 heures ; les cliniques se plaignent d'une inégalité de traitement par rapport aux hôpitaux publics ; les organismes de sécurité sociale constatent régulièrement leur impuissance à équilibrer leurs comptes...
Mais la grève des médecins, inhabituelle et très suivie, a ma […]
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