Tout discours sur la catégorie de sacré pose un problème de méthode, car celle-ci se présente d'emblée sous une double face. Pour l'homme de science, elle constitue un concept analytique qu'il applique, avec plus ou moins de bonheur, à l'étude des faits religieux. L'homme de foi, pour sa part, y voit un mystère qu'il approche en tremblant et en fonction duquel il oriente sa vie. À vrai dire, les choses ne sont pas aussi tranchées, car le premier peut aussi être homme de foi et avoir bien du mal alors à faire taire sa conscience religieuse quand il applique le concept de sacré à d'autres religions. À l'inverse, la foi de certains de nos contemporains doit beaucoup aux études que les hommes de science du début du xxe siècle ont développées sur le sacré. Mais, même si le partage des rôles n'est pas sans nuances, on peut lui accorder une certaine valeur, au moins de méthode, et s'autoriser, par conséquent, à envisager le sacré par le biais de deux approches distinctes, qui correspondent à ces deux « rôles » anthropologique et théologique. Quant aux nuances, on les percevra aisément à la lecture des deux textes ci-dessous, dans la mesure où chacun d'eux, s'il traite en priorité d'un point de vue sur le sacré, est naturellement amené à faire une place à l'autre point de vue.
1. La notion de sacré et la réflexion anthropologique
Parler du sacré, c'est parler d'un mot autant que d'une réalité ; c'est même, plus précisément, se demander s'il y a bien derrière ce mot une réalité ou une notion bien circonscrite que l'anthropologie puisse utiliser aujourd'hui. Autant que les manifestations dans diverses sociétés d'un sacré dont l'existence comme réalité autonome est précisément à démontrer, on examinera ici les principaux textes qui ont donné au mot « sacré » ses lettres de noblesse scientifiques. Ces textes sont pour l'essentiel des textes anthropologiques, car si le mot, après bien des réticences, a aujourd'hui acquis droit de cité dans les travaux des théologiens, le substantif « […]
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