Né à Bucarest, Mircea Eliade part pour l'Inde après avoir obtenu, à l'âge de vingt et un ans une licence de philosophie. De ce voyage, véritable initiation qui marque toute son œuvre, il rentre en décembre 1931 et commence à rédiger sa thèse sur le yoga. Dans le même temps, il poursuit une carrière d'écrivain et obtient au printemps de 1933 un prix pour son roman Maitreyi. La Nuit bengali (trad. franç., Gallimard, 1950). La même année, il devient docteur en philosophie. Après avoir enseigné la philosophie indienne, il quitte la Roumanie en mars 1940 pour Londres, où il est l'attaché culturel auprès de la légation royale de Roumanie. De janvier 1941 à la fin de la guerre, il remplit la même fonction à Lisbonne. Lorsque, à l'automne de l'année 1945, il arrive à Paris, Georges Dumézil l'invite à présenter les trois premiers chapitres de son futur Traité d'histoire des religions à la Ve section de l'École pratique des hautes études. À compter de cette période d'exil, en France puis aux États-Unis – l'université de Chicago lui offre la chaire d'histoire des religions en 1958 –, il dissimule soigneusement son engagement intellectuel au service du mouvement fasciste roumain.
Depuis qu'en 1949 le public français a découvert à la fois Le Mythe de l'éternel retour (Gallimard) et le Traité d'histoire des religions (préfacé par G. Dumézil, Payot), des générations de lecteurs, venus de tous les horizons, se sont abreuvés à la science d'Eliade autant qu'à sa vision de l'univers. Celle-ci ne cesse de dire le paradis perdu, qui est à recréer. Si les voies d'accès au jardin des origines sont innombrables, on retrouve sous la plume du savant des variations sur un thème unique : une volonté d'abolir le temps et l'espace de l'histoire et de redécouvrir les territoires du « tout autre », le ganz andere de Rudolf Otto (1860-1937), qui eut tant d'influence sur Eliade. Désormais, le « sacré » sera le lieu où s'enracine une sympathie avec l'univers des éléments et où, comme en transparence, l'être coïncide avec l'ap […]
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