Comédien, dramaturge, journaliste, conférencier, caricaturiste, poète et cinéaste, Sacha Guitry a régné pendant plus de cinquante ans sur le monde des arts en mariant la contestation à l'absurde dans ses pièces de théâtre et ses films. Roi de la comédie, il a montré parfois une exquise sensibilité dans un registre plus grave. Aristocrate de l'anarchie, il a stigmatisé la bourgeoisie de son époque et raconté les faits historiques de la France par le petit bout de la lorgnette, dont il usait comme d'une loupe de précision plutôt que comme un miroir déformant.
1. Une jeunesse singulière
Alexandre (dit Sacha) Guitry est né le 21 février 1885 à Saint-Pétersbourg. Son enfance se passe sous le signe du divorce de ses parents et des voyages. Son père, le comédien Lucien Guitry, l'emmène à la cour du tsar de Russie où il joue régulièrement la comédie. L'enfant bénéficie aussi de la fréquentation d'écrivains tels qu'Alphonse Allais, Tristan Bernard, Alfred Jarry, Jules Renard. Leur compagnie lui permet d'être initié aux jeux de l'esprit.
Très mauvais élève, doté d'un sens peu commun de l'indiscipline, il est renvoyé d'école en école. Adolescent, il décide de suivre les traces de son père et devient comédien sous le pseudonyme de Jacques Lorcey. Mais ce sont ses pièces qui lui apportent la célébrité à vingt ans. Il y fait déjà preuve de beaucoup d'esprit et de virtuosité technique, libérant ainsi le vaudeville traditionnel des conventions de son époque et assurant la succession de Courteline et de Feydeau. Interprète de ses œuvres, il impose également son jeu d'acteur établi selon un mélange subtil de cadence mécanique et de décontraction. À vingt ans, Paris lui appartient déjà.
2. Le roi du théâtre
Les succès à la scène s'accumulent au fil des années. Infatigable, Sacha Guitry signera cent trente-neuf pièces au cours de son existence. Qu'elles soient courtes ou longues, qu'elles se présentent comme des comédies musicales ou comme des drames, des revues historiques ou des opéras-bouffes, elles s'assimilent gén […]
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