3. La poésie retrouvée
Son optimisme, qui ne se dément jamais, est moins le terme d'une méditation qu'une réaction instinctive devant la réalité. C'est dire que la poésie de Browning n'est pas le véhicule de sa philosophie, mais que sa philosophie s'enracine dans sa poésie, dans l'amour et l'intérêt passionnés que lui inspire l'existence.
Cet enthousiasme explique en grande partie l'obscurité d'un discours précipité où abondent les ellipses et les hardiesses, et qu'on retrouve dans sa prose la plus spontanée, celle de ses lettres. Le « style grotesque », qui va parfois jusqu'à l'argotique et use d'images familières ou de symboles cocasses, peut exprimer des émotions sublimes ou des pensées sérieuses et débouche sur la poésie. Son « staccato » est on ne peut plus éloigné de la versification régulière d'un Tennyson ou d'un Swinburne.
Browning s'affirme surtout comme un prodigieux inventeur de formes. L'Anneau et le Livre est l'ouvrage d'un virtuose qui enchaîne les variations comme autant d'exercices de style. Pour chaque poème, il invente un mètre nouveau. Enfin, avec la poésie dramatique lyrique (Dramatic Lyrics, 1842) et le monologue souple, libéré de toute allure conventionnelle et merveilleux instrument d'exploration psychologique, il ouvre la voie à la littérature la plus moderne.
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