2. L'idée de responsabilité
Est-ce une forme d'ordre que défend le théoricien lorsqu'il met en avant le principe de responsabilité ? Dans ce cas, ne se rend-il pas complice de ceux à qui la morale sert de caution ? Voilà qui aiderait à comprendre, outre le sens des tentatives de « démystification » de la notion de responsabilité, les aspects multiples sous lesquels se présente la tentation de l'irresponsabilité.
L'irresponsabilité se découpe à l'horizon du champ dont les limites viennent d'être tracées. D'un côté, l'établissement d'une pseudo-responsabilité purement objective, s'appliquant du dehors, aliène l'individu-objet, le rendant inapte à l'exercice d'un authentique droit de réponse. De l'autre, l'exaltation d'une pseudo-responsabilité entièrement subjective, manifestant la liberté d'un vouloir qui se déploie dans le vide, proclame à la fois la toute-puissance et la solitude de l'Unique. N'y a-t-il pas quelque illogisme à introduire l'idée d'une responsabilité totale dans un univers métaphysiquement neutre et pour une conscience délivrée de l'obligatoire ? Comment puis-je être « intégralement responsable » si Dieu n'existe pas, si nulle autorité n'offre à mes yeux le prestige de la respectabilité, si tout pour moi revient « au même » ? Une fois démasqué le surmoi, que reste-t-il ? Le dédoublement réflexif ne suffit pas à provoquer l'apparition de deux personnes qui se feraient face et dialogueraient en moi. Comment concevoir une responsabilité du sujet pris dans son état de pure subjectivité ?
Pesée qu'exerce sur un être réduit à rien le groupe devenu tout ; élan sauvage d'un vouloir pour qui tout semble permis : voilà les deux figures théoriques extrêmes de l'irresponsabilité, en deçà et au-delà. Des deux pôles antithétiques mais complémentaires du champ, aucun ne peut être privilégié, aucun sacrifié. La destruction du pôle subjectif dégrade la situation en une forme de contrainte unilatérale. En l'absence du pôle objectif, on n'assiste plus qu'à l'envol d'un vouloir niant toute juridicti […]
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