3. Le principe d'ironie
À la différence de Jean-Luc Godard, Resnais ne fait pas du cinéma le lieu d'enjeux essentiels. Pour lui, il n'est rien de plus qu'un moyen d'expression parmi d'autres. Il n'y a pas de mystique du cinéma chez Resnais, sa pratique à la fois passionnée et lucide ne cherche pas à en faire accroire, mais a néanmoins son ambition qu'il faut découvrir dans l'invisible relatif produit par ce moyen d'expression et par lui seul. Resnais, en effet, exploite l'aptitude du cinéma à produire un rythme purement intérieur, des images sonores ou visuelles fantomatiques, des « effets latéraux ». L'esprit du spectateur où s'élabore le film activement et comme sous hypnose, latéralement, devient le lieu d'une expérimentation. Il est possible d'envisager l'ensemble des films de Resnais comme irrigués par l'ironie. Il n'y a d'art chez lui que du semblant, de l'humour, de l'ironie sur fond de cliché (les vagues se brisant sur les rochers dans Stavisky..., les transparences de Providence, le mélo tout autant revendiqué que la chanson de variété). Il est plusieurs lieux où déceler une telle ironie : dans les dialogues, les portraits, les situations, les actions, dans les images, la mise en scène (la séquence Crépax-Godard dans La guerre est finie), la musique (le « refrain » de Smoking tout particulièrement)... Hors ces moments ponctuels, il existe chez Resnais, et plus tôt qu'on ne le croit, une forme ironique globale que les œuvres les plus récentes vont mettre en lumière. Sans chercher à entrer dans les complications terminologiques qui, distinguant humour, trait d'esprit, plaisanterie, absurde, ironie, imposeraient une typologie arbitraire, il devient ainsi possible de reconnaître l'existence d'un terreau ou d'un territoire ironique chez Resnais. Deux pôles se dessinent alors entre lesquels oscille toute son œuvre. Gilles Deleuze, à un tout autre sujet, esquisse une polarité humour/ironie : l'ironie suppose un mouvement de la pensée qui remonte de la loi (envisagée dans l'ind […]
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