Écrivain français. Jean Cayrol est né à Bordeaux le 6 juin 1911. Après des études de droit et de lettres, il occupe un emploi de bibliothécaire. La poésie le requiert très tôt. Même si c'est la lecture des surréalistes qui le révèle à lui-même, il compose, à l'écart des esthétiques du temps, des poèmes qui, avec fièvre, interrogent l'unité d'un je lyrique écartelé entre ses possibles (Les Phénomènes célestes, 1939). Passé tôt à la Résistance dans le réseau Rémy, il est dénoncé et déporté en 1942 au camp de Mauthausen, qu'il ne quittera qu'en 1945. La souffrance extrême, la désespérance au spectacle de la cruauté des kapos et de l'affaissement moral des détenus eux-mêmes trouveront leur expression dans plusieurs œuvres de factures différentes. Ce sont au premier chef les Poèmes de la nuit et du brouillard (1946), où le dénuement tragique est subverti par une imitation de Jésus-Christ dans l'incarnation de la déréliction et de la disparition de soi. Les camps sont envisagés moins comme la réalisation de l'idéologie nazie que comme l'image fidèle de la condition humaine. La seule résurrection possible, c'est alors le regard poétique sur le monde qui se confond toujours avec la vision exaltée du Crucifié dans la profusion des images qui toutes disent la vie, dans une dénégation héroïque de la mort triomphante. De la même façon, le court essai Lazare parmi nous (1950) explore les rêves des prisonniers pour tenter la définition d'un romanesque lazaréen : partant de la confusion contemporaine des esprits dans un monde voué à l'échec, un homme sans identité se dresse, dans sa solitude définitive, pour témoigner d'une « agonie débordante ». Cayrol appelle alors de ses vœux une littérature de miséricorde où, dans la communion des saints, la terre s'accepterait telle qu'elle est, dans l'univers concentrationnaire comme dans l'univers de la Joie. Trois ans auparavant, il avait composé un roman, Je vivrai l'amour des autres (prix Renaudot 1947). Par le truchement d'un personnage romanesque, le lecteur assiste à la dif … ]
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