Fernandel passera probablement à la postérité grâce aux quelques rôles mémorables qui lui ont été offerts par Marcel Pagnol. Mais Louis de Funès ? Curieuse et agaçante carrière que celle de cette vedette du cinéma comique français : vingt ans d'échecs et vingt ans de gloire. Plébiscité par le public et ignoré ou méprisé par la critique, Louis de Funès, à travers cent films médiocres, est parvenu à créer un personnage unique et à l'imposer, en contradiction avec toutes les traditions connues. Il est rare qu'un personnage comique ne soit pas sympathique... De Funès a joué la carte de l'impopularité, bravant les habitudes et les conseils, et c'est par là qu'il est devenu populaire. Ce curieux destin a commencé comme commencent tous les destins d'artistes : la théorie des petits métiers que l'on exerce en attendant le succès. Pour ne pas déroger à la règle, Louis de Funès a gagné sa vie comme comptable, comme fourreur, étalagiste, décorateur et, surtout, musicien d'ambiance dans un piano-bar. Une calvitie précoce et un visage insignifiant le prédisposaient à de petits rôles d'appoint dans des distributions « à la française » qui affectionnent les viviers d'où extraire un troisième couteau immédiatement disponible et opérationnel. C'est dans ces eaux mortes que l'on rencontrait naguère Carette, Armontel, Jean Tissier, Noël Roquevert, Pierre Larquey et autres Raymond Bussières, bons comédiens au demeurant, mais condamnés aux honneurs subalternes.
De Funès semblait devoir suivre humblement cette voie. On le remarquait d'un film à l'autre, irascible ou chafoin. Il triompha même dans un petit rôle en or, celui de M. Jambier, négociant profiteur de guerre, humilié et terrorisé par Jean Gabin dans La Traversée de Paris. On ne sait pas exactement où placer le tournant décisif qui fit du modeste acteur de complément une star du cinéma comique français. Il tient le rôle principal dans L'Affaire Blaireau (rebaptisé : Ni vu ni connu) en 1957. Mais il retombe ensuite dans le semi-anonymat des travaux […]
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