4. « La Zone grise »
En 1986, Primo Levi rencontre Philip Roth à Turin. Leur entretien est publié dans la New York Review of Books. Au cours de ces échanges, le ton de l'écrivain s'avère très pessimiste, notamment à l'égard du comportement éthique des savants. Quelques années auparavant, en 1982, il avait pris des positions fermes condamnant la politique du gouvernement israélien lors des massacres de Sabra et Chatila.
Primo Levi meurt le 11 avril 1987, lors d'une chute dans l'escalier de son habitation turinoise. Suicide ou accident ? La question demeure.
Le titre de son dernier livre, Les Naufragés et les rescapés (I sommersi e i salvati, 1986), reprend celui d'un chapitre essentiel de Si c'est un homme. L'écrivain poursuit et approfondit ici sa réflexion sur l'univers concentrationnaire. Il s'agit de savoir si l'homme est capable de rester tel face à un système conçu pour le détruire totalement en l'écartant de tout ce qui peut lui donner la possibilité d'appartenir encore à l'humanité. Le chapitre clé de cet ouvrage s'intitule « La Zone grise ». Là, Primo Levi affronte la question cruciale de la frontière qui existe entre bourreau et victime, cette zone trouble du compromis, de la collaboration, du privilège acquis au prix de l'abjection.
Il s'attarde particulièrement à décrire le cas des Sonderkommandos, brigades spéciales composées principalement de Juifs et préposées aux fours crématoires.
Primo Levi fut un martyr, dans le sens de celui qui témoigne. Mais il fut un témoin sans Dieu, puisque selon ses propres termes : « Il y a Auschwitz, il ne peut donc pas y avoir Dieu. »
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