Lorsque Pierre Reverdy (1889-1960) réunit en 1945 aux éditions Gallimard un ensemble de ses poèmes parus entre 1915 et 1922, après les avoir un à un relus, corrigés et définitivement établis – selon la terminologie d'usage qui prend ici un sens plus précis et presque testamentaire –, il les fait précéder d'un prière d'insérer : « De ma vie, je n'aurai jamais rien su faire de particulièrement remarquable pour la gagner, ni pour la perdre. Voici un témoignage partiel du genre d'activité qui a absorbé la plupart de mon temps. Qu'il n'y ait pas lieu d'en être exagérément fier, on n'aura pas besoin de me le dire. Nul doute qu'il y ait eu infiniment mieux à faire. » Ainsi, sous le titre Plupart du temps, paraît au sortir de la guerre une véritable anthologie d'anthologies, qui s'ouvre sur des poèmes en prose et se clôt significativement sur La Langue sèche, dernier des poèmes de Cravates de chanvre, et ces vers : « la terre se dessèche/ tout est nu tout est blanc// Avec le seul mouvement déréglé de l'horloge/ le bruit du train passé/ j'attends ».
C'est au sortir de la Première Guerre mondiale que le d […]
