En 1969, Philip Roth se voit propulsé sur le devant de la scène internationale par un livre « scandaleux » : Le Complexe de Portnoy (Portnoy's Complaint, soit littéralement la « plainte » ou la « complainte » du dénommé Alexandre Portnoy). Le romancier a alors trente-six ans. Il lui faudra désormais composer avec cette gloire soudaine. Il n'y parviendra qu'en multipliant à l'envi les dédoublements, les travestissements, et en transformant chaque roman en un vertigineux jeu de masques dont la virtuosité va peu à peu s'infléchir vers une tonalité plus grave.
1. Une scène primitive
Philip Roth est né en 1933 à Newark, une ville industrielle du xixe siècle située dans la grande banlieue de New York, mais de l'autre côté de l'Hudson, là où commence un autre monde. La génération de ses grands-parents a fait partie de la vague d'immigration juive venue de Galicie vers 1900. Là, dans le « Vieux Pays », son grand-père se destinait au rabbinat ; une fois en Amérique, il devient ouvrier dans une fabrique de chapeaux. Son père, Herman Roth, est courtier en assurances, puis responsable d'une agence. Philip Roth a un « grand frère », Sandy (né en 1927), qui deviendra chirurgien à Chicago. Il grandit sous F. D. Roosevelt, connaît une enfance heureuse, patriote et démocrate, dans l'enclos du quartier de Weequahik. Un temps, il songe à devenir avocat, puis fait des études de lettres. En 1955, il part enseigner la littérature à Chicago – où il rencontre puis épouse une femme « ensorcelante », un peu plus âgée que lui, divorcée, mère de deux enfants, d'un milieu ouvrier du Michigan. C'est le début d'une longue saga « conjugale » en plusieurs épisodes dont les romans se feront plus que l'écho.
Philip Roth a lu Thomas Wolfe. Comme cet affamé d'Amérique, il veut échapper au petit monde provincial et familial où il a vécu jusqu'alors, et trouver son propre chemin dans le vaste monde. En 1959, il publie un recueil de nouvelles, Goodbye Columbus, qui fait scandale, du moins dans les milieux juifs […]
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