Il est rare qu'un chercheur du xxe siècle crée son laboratoire sur ses propres fonds. C'est pourtant ce que fit Peter Mitchell qui révolutionna ensuite la bioénergétique. Il développa en effet une « théorie chimiosmotique » qui rencontra d'abord le scepticisme général mais qui, en moins de dix ans, réussit à convaincre toute la communauté scientifique, grâce aux arguments théoriques et expérimentaux apportés par l'auteur.
Peter Mitchell naquit à Mitcham (Surrey, Angleterre), le 29 septembre 1920. Après une scolarité médiocre, il obtient, en 1943, une licence de chimie-physiologie à l'université de Cambridge. Il commence alors des recherches sur le mécanisme d'action de la pénicilline, dans le laboratoire de J. D. Danielli, auteur d'un très célèbre modèle moléculaire de membrane biologique. Docteur en 1950, Mitchell est nommé professeur de biochimie à l'université d'Édimbourg en 1955. Il se tourne alors vers la bioénergétique, s'efforçant de répondre à la question centrale : comment l'ATP est-il synthétisé dans les cellules animales, végétales ou bactériennes ? Il s'intéresse précisément aux phosphorylations oxydatives dans les mitochondries de foie de rat. Les théories régnant à l'époque postulaient l'existence « d'enzymes de couplage » liant les phosphorylations d'ADP aux oxydations de la chaîne respiratoire des mitochondries. Dans tous les grands laboratoires de bioénergétique du monde, on s'efforçait donc d'isoler (sans succès) ces « enzymes de couplage ».
Mais la santé de P. Mitchell n'est pas très bonne et il supporte mal l'atmosphère stressante du campus d'Édimbourg. En 1964, il prend la décision inhabituelle d'installer son laboratoire, grâce à des fonds privés, dans un vieux manoir des Cornouailles : Glynn House. C'est là qu'avec sa collaboratrice Jennifer Moyle il expérimente et élabore la théorie chimiosmotique. Il part de l'idée que si, depuis plus de vingt ans, on n'arrive pas à isoler les « enzymes de couplage », c'est que ces enzymes n'existent pas.
Mitch […]
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