La spiritualité du désert s'enracine dans une longue tradition d'ascèse, de lutte au sens strict. Tradition aussi bien de sagesse païenne — parvenir à la maîtrise de soi — que religieuse, et frappée d'ambiguïté dès lors qu'à la convergence des méthodes s'ajoute ce que la voie du renoncement au monde peut entraîner à l'égard de celui-ci : sa dénonciation comme œuvre non de Dieu mais du mal. En cela, le désert, réserve de Dieu hantée par les forces obscures, accueille autant l'hétérodoxie que l'orthodoxie. Car il est à la fois l'aridité, le pays « d'épines et de ronces » (Isaïe), domaine des « serpents brûlants [...] des scorpions et de la soif » (Deut., viii, 14-16), celui de l'esprit impur « qui erre dans les lieux déserts en quête de repos » (Mat., xii, 43), le pays où les Hébreux tentèrent Dieu dans la solitude (Ps., cvi, 14) et celui de la montagne de Dieu (I Rois, xix, 3-8), l'endroit où Moïse reçoit les tables de la Loi, où Dieu parle au cœur de son peuple (Osée, ii, 16), où, enfin, l'Apocalypse situe le refuge de l'Église (Apoc., xii, 5-6). Une telle symbolique n'est pas indépendante de l'état du monde : ni les persécut […]
