Les territoires actuels de l'Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie forment un ensemble géographique soudé de 175 000 kilomètres carrés. On a coutume de dire que ces États constitueraient un tout, les pays Baltes. Or, en dehors de leur unité géographique sur la rive orientale de la mer Baltique, ces pays n'ont, jusqu'au xviiie siècle, presque rien en commun. Ni leurs origines : les Estoniens sont des Finno-Ougriens comme les Finnois et les Hongrois, alors que les Lettons et les Lituaniens sont des Baltes d'origine indo-européenne. Ni leurs langues : les Estoniens parlent une langue ouralienne, alors que le letton et le lituanien sont des langues baltes de la famille indo-européenne. Ni les religions : les Estoniens et les Lettons étaient païens jusqu'au xiiie siècle ; convertis de force au catholicisme romain par les Germaniques, ils sont devenus protestants quand les chevaliers Teutoniques ont opté pour la Réforme au xvie siècle. Les Lituaniens, restés païens jusqu'au xve siècle, ont reçu le catholicisme des Polonais auxquels ils s'étaient alliés pour résister aux chevaliers Teutoniques. Ni les structures sociales : les Estoniens et les Lettons, asservis jusqu'au xixe siècle sous l'autorité des barons baltes héritiers des Teutoniques, n'ont jamais quitté leurs territoires. Ils n'avaient ni aristocratie, ni élite sociale. Les Lituaniens, eux, ont constitué dès le xive siècle un État grâce aux grands-ducs qui ont étendu leur autorité jusqu'aux confins de la mer Noire. Ni l'histoire : l'Estonie et la Lettonie ont subi au cours des siècles une série d'occupations : germanique, suédoise ou polonaise. La Lituanie a associé librement son destin, au xvie siècle, à celui de la Pologne pour ne plus former avec elle qu'un seul État, la Rzeczpospolita.
C'est seulement à partir du xviiie siècle, quand ils ont été intégrés à l'Empire russe, que les trois pays ont connu avec la russification un sort commun.
1. Du temps des troubles à l'indépendance
La révolution russe de 1905 a constitué dans ces régions une éta […]
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