2. « Le roman comique »
En 1648, Scarron décida d'écrire un roman. La première partie de l'œuvre parut en 1651, la deuxième en 1657. Intitulée Le Roman comique, elle demeurait inachevée. Une troisième partie aurait dû s'y ajouter. Scarron mourut avant de l'avoir écrite.
L'interprétation de cette œuvre singulière exige des distinctions précises. Il est trop simple de dire que Le Roman comique est réaliste. Il ne décrit pas la réalité avec le souci d'objectivité qui est essentiel au réalisme. Il est vrai que Scarron se plaît à présenter des scènes triviales, qu'il brosse des tableaux étonnants de couleur, que ses personnages sont peints avec un souci admirable du concret. Mais son roman n'est pas réaliste comme l'étaient certaines parties de La Vraye Histoire comique de Francion de Charles Sorel, la Chrysolite d'André Mareschal.
Il serait moins inexact de le définir comme un roman « burlesque ». Les peintures de Scarron laissent souvent deviner des intentions parodiques, et c'est par une parodie en style burlesque que son roman commence. Il tourne en ridicule les vieilles épopées et les romans chevaleresques. Quand il s'attarde à des scènes de coups de poing, il veut très certainement, comme les burlesques, se moquer des combats héroïques et des formidables coups d'épée de l'épopée chevaleresque. La phrase de Sorel sur Le Roman comique est sans doute celle qui éclaire le mieux le chef-d'œuvre de Scarron. Le style particulier de cet auteur, dit-il, « est de faire raillerie de tout », ce qui est proprement le burlesque plutôt que le comique.
Encore convient-il d'y ajouter une remarque sans doute essentielle. Comme beaucoup d'écrivains de son temps, comme Saint-Amant, comme Scudéry, Scarron portait à la peinture contemporaine un intérêt passionné, et nous savons qu'il aimait particulièrement le Bamboche. Le meilleur commentaire de certaines scènes du Roman comique, ce sont les rixes, les déluges de coups de poing, dont le Bamboche avait donné la savoureuse représentation.
Scarron avait inséré dans le Roman […]
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