2. Le « Mahābhāṣya » et sa place dans la littérature grammaticale pâninéenne
Patañjali n'est pas le premier commentateur de Pāṇini. Le caractère concis et algébrique du manuel de ce dernier rendait nécessaire un apprentissage de son utilisation. Des gloses, des méthodes d'interprétation ont dû très tôt être composées dans les écoles. Le premier commentaire qui nous soit connu est celui de Kātyāyana, que l'on situe au iiie siècle avant J.-C. Il est fait de cinq mille formules environ appelées vārttika et qui visent à corriger des formules pâninéennes reconnues déficientes dans leur forme ou dans leur application, à discuter les principes linguistiques sur lesquels elles reposent, surtout à compléter la description pâninéenne de la langue.
L'ouvrage de Patañjali est un commentaire sur les deux séries de formules. Son but principal est critique ; il veut en particulier examiner si la critique et les corrections de Kātyāyana sont valides, la formule pâninéenne étant souvent réhabilitée. La forme est celle du dialogue. Le terme de bhāṣya (littéralement, « discours ») renvoie sans doute à cette forme. Et l'ouvrage est couramment appelé Mahā-bhāṣya (Grand Dialogue), l'épithète de « Grand » répondant aux dimensions imposantes de l'ouvrage (1 500 pages environ) et surtout à son autorité dans la tradition indienne. Cette forme développée a permis à l'auteur de montrer toute sa pensée, d'exposer la démarche raisonnée qu'il a suivie pour arriver à ses prises de position. Alors qu'avec ses prédécesseurs on a seulement des formules algébriques et que le travail d'analyse, d'enquête scientifique est dissimulé, seulement impliqué par l'énoncé des résultats, on a avec Patañjali une véritable somme de recherches linguistiques.
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