Cofondateur de l'école « acméiste », Ossip Mandelstam est l'un des principaux représentants de « l'âge d'argent » que la poésie russe connaît à la veille de la révolution. Ensuite, dans un climat de plus en plus hostile et menaçant, il poursuit une œuvre solitaire et hardiment novatrice, qui ne sera pleinement connue et reconnue que vingt ans après sa mort dans le goulag. En définissant l'acméisme comme « la nostalgie de la culture universelle », il nous a donné la clef de sa propre poésie, qui actualise par la musique du mot l'univers intemporel de la culture où celui-ci plonge ses racines.
1. Les débuts et l'acméisme
Né à Varsovie, fils d'un commerçant juif de langue maternelle allemande, Ossip Émiliévitch Mandelstam a passé son enfance et sa jeunesse à Saint-Pétersbourg dont le faste impérial et l'architecture monumentale ont frappé son imagination. Après de bonnes études secondaires, il visite Paris et se consacre à l'étude de l'ancien français et de la littérature médiévale à l'université de Heidelberg. En 1911, il entre à la section des langues romanes et germaniques de la faculté d'histoire et de philologie de l'université de Saint-Pétersbourg.
Écrits en 1908, ses premiers vers sont publiés en 1910 dans la revue d'art Apollon, autour de laquelle se cristallise la réaction contre le symbolisme. Il y fait la connaissance de N. Goumiliov et de A. Akhmatova, avec lesquels il fonde en 1911 l'« Atelier des poètes », berceau de la doctrine « acméiste » dont il développe les thèmes dans un article-manifeste, Le Matin de l'acméisme (Utro akmeizma, 1912) : acceptation réaliste des limites de notre existence et de notre savoir, assimilation de la création poétique à un artisanat patient et rigoureux, enfin doctrine de l'art comme création opposée à la doctrine classique de l'art comme représentation, ce qui implique l'autonomie du mot, considéré moins comme le signe d'une réalité extérieure que comme un élément constitutif de la forme. C'est ce dernier point qui va rapprocher Mandelstam des futuriste […]
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