Quand paraît à Berlin, en 1922, le recueil Tristia, Ossip Mandelstam (1891-1938) a trente ans. Né à Saint-Pétersbourg, il est le contemporain d'Anna Akhmatova. C'est-à-dire qu'il appartient à la brillante génération des poètes qui, en 1910, ont mis en question le dualisme symboliste et sa conception « magique » de l'art. Membre de l'Atelier des poètes, Mandelstam voit ses premiers poèmes publiés par la revue pétersbourgeoise Apollon, ouverte aux nouveaux courants artistiques. Il est de ceux, avec Goumiliov, qui fondent, en 1913, le petit groupe « acméiste ». Son projet : la reconquête du réel, la définition de l'art comme « nomination » des choses, la valorisation du « métier » du poète, la substitution du modèle architectural au modèle musical et de la référence latine à celle du romantisme allemand. Ces positions informent en profondeur un premier recueil de vers, La Pierre, (1913, refondu en 1916). Là, une poétique néo-classique, où une métrique régulière fait dominer construction et harmonie, est compliquée en profon […]


