2. Après la révolution
D'abord hostile au coup d'État d'octobre 1917, Mandelstam est cependant sensible à la dimension historique de la révolution et se résigne à « l'immense, maladroit et grinçant coup de barre ». Chassé de Moscou par la guerre civile, il passe les années 1919 et 1920 à Kiev, en Crimée et en Géorgie. Cet exil lui inspire le titre, les thèmes et la tonalité générale du recueil Tristia (1922), qui illustre sa formule selon laquelle « la poésie classique est la poésie de la révolution », dans la mesure où elle permet d'intégrer celle-ci à l'univers de la culture : les réminiscences de l'Antiquité, l'archaïsme du vocabulaire, la solennité du style contribuent à donner à ces poèmes le ton et le souffle lyrique de l'ode ou de l'élégie classiques. Cependant, à mesure que croît la charge lyrique du poème, celui-ci échappe à sa dépendance à l'égard de l'objet extérieur et devient une construction autonome d'images, de rythmes et de sons à partir de mots ou d'associations de mots parfois obscurs, souvent répétés avec insistance, comme une incantation. Le mot, « hirondelle aveugle » ou « Psyché » à la recherche de son corps, apparaît ici comme le pressentiment d'un sens que le poème s'efforce de constituer. Ces tendances novatrices s'accentuent dans les poèmes des années 1921-1925, publiés en 1928 dans la dernière édition soviétique de ses œuvres et dont certains, par la liberté de leur structure sémantique et formelle, s'apparentent à la poésie de Khlebnikov.
En 1925, Mandelstam publie un volume d'essais autobiographiques, Le Bruit du temps (Šum vremeni), où il tente de saisir l'histoire à travers l'atmosphère de ses souvenirs d'enfant. En 1928, il les réunit à une œuvre de fiction, Le Timbre égyptien (Egipetskaja marka) qui, par sa structure associative, prend le contre-pied de la prose narrative classique, et où les motifs autobiographiques, greffés sur des bribes de fiction, débouchent à la fois sur le thème moderne de l'individu devant l'histoire et sur le thème traditionnel d […]
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