Premier en date des instruments mécanisés, l'orgue est une machine qui suit, au cours d'une histoire de vingt-trois siècles, le progrès des techniques en matière de soufflerie, d'acoustique, de transmission de mouvements, d'électricité, d'électronique, d'informatique. Cette mécanisation entraîne une qualité particulière du son organal : alors que s'épuise le souffle du flûtiste, que s'éteint la percussion de la timbale, que meurt la vibration de la corde pincée ou frottée, le son du tuyau d'orgue vainc à volonté la durée, égal à lui-même.
Premier instrument naturellement polyphonique, avant le luth ou tous les claviers à cordes, l'orgue a joué un rôle irremplaçable dans l'histoire de la musique occidentale, dont il est, aussi bien par la combinatoire de sa structure mécanique que par ses ressources en matière de multiplication des voix, l'un des instruments caractéristiques. L'organiste, véritable chef de chœur, maîtrise un ensemble complexe de registres, de claviers, de pédales ; son corps, divisé en de multiples actions, demeure toutefois un dans les mouvements qu'il ordonne.
Premier orchestre avant l'orchestre par son plein-jeu inimitable, l'orgue imite cependant les instruments de chaque époque où il vit, non sans modeler leur voix à sa mesure pour qu'ils sonnent, transfigurés, dans un univers sonore régi par ses lois. Trompettes et clairons, bombardes et cromornes, violes de gambe et clarinettes, flûtes et cornets redisent assez les sources de son inspiration.
Premier grand instrument collectif parce que fonctionnel, pendant dix siècles la liturgie chrétienne occidentale l'a privilégié. Il a pénétré au concert surtout depuis la fin du xviiie siècle. Habituellement, l'orgue est pris en charge par une église, un monastère, une chapelle royale ou princière, une municipalité, une région qui, seuls, peuvent engager les frais nécessaires à sa construction dès lors qu'il dépasse certaines dimensions.
Mystérieux pour le profane ignorant de sa facture, inépuisable trésor de recherches pour l'organologue, […]
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