L'« Anglais de Dieu », l'élu chargé par la Providence de faire de son pays le Nouvel Israël et de rapprocher l'avènement du royaume divin, le puritain moraliste : ce sont là quelques-uns des titres de Cromwell à incarner une révolution dont l'historiographie a longtemps fait la « révolution puritaine », dans l'opposition déclarée des dissidents fanatisés, les « têtes rondes », et des fidèles d'une monarchie liée au sort de l'Église épiscopalienne d'Angleterre, les « Cavaliers ». Mais Cromwell, au plus fort de son action politique, à partir de 1640, n'a pas été seulement un Savonarole laïque. Il est tout à la fois un Condé ou un Turenne, illustrant comme eux, de son génie militaire pourtant amateur, un art nouveau de la guerre au temps de la guerre de Trente Ans. Il a été aussi le premier régicide de l'Europe moderne qui ait eu recours à la procédure judiciaire, coupable d'un scandale inouï que lui auraient plus facilement pardonné certains contemporains ou historiographes si, dans la peau d'un Solon, il avait réellement su dessiner les contours solides d'une cité nouvelle. Ce religieux et ce militaire a aussi parfaitement incarné l'idéologie de sa classe sociale, la gentry, et des milieux d'affaires : aux yeux d'un Marx ou d'un Engels, il est l'auteur d'une grande révolution bourgeoise, devançant de plus d'un siècle et demi ses émules français ; et il est vrai qu'on lui doit aussi bien la disparition de la féodalité que l'élan commercial et colonial qui allait faire la grandeur de l'Angleterre. Ces facettes multiples d'un héros assez grand ou assez prudent pour refuser une couronne royale ont fasciné durablement les Européens, inspiré à Victor Hugo un drame historique qui, en son temps, constitua une révolution théâtrale, valu la publication d'innombrables biographies (3 692 titres dès 1944), éveillé l'attention de maint auteur de films. Géant de l'histoire qui a conquis sa place en moins de vingt ans, Cromwell se comprend mieux à la lumière des expériences de sa jeunes […]
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