3. Du général au chef d'État
Le 12 décembre 1653, Cromwell se laisse convaincre de prendre directement les rênes d'un Commonwealth que les civils n'ont décidément pas réussi à gouverner. Il le fait à contrecœur, convaincu que la force ne crée par le droit, qu'il n'y a pas de fondement juridique à un pouvoir né de la volonté d'une armée. Mais il s'y résout parce que la Providence, manifestement, ne lui en laisse pas le choix et aussi parce que, au cours des années écoulées, il avait parachevé la pacification intérieure en même temps que participé à tous les efforts de légalisation d'un pouvoir civil.
Chef d'armée, il a été l'homme de la féroce répression du soulèvement de l'Irlande en août-septembre 1649 : le massacre de Drogheda, le 12 septembre, où « Dieu [reconnaîtrait] les siens » est une page particulièrement sanglante dans une expédition qui aboutit à la sujétion des Irlandais et à la dépossession de nombre d'entre eux en faveur de colons issus de l'armée ou de créanciers de l'État dotés de « plantations » (domaines coloniaux). C'est au tour de l'Écosse d'être soumise grâce aux victoires de Dunbar (en septembre 1650) et de Worcester (en septembre 1651). Cromwell, commandant en chef, a été assisté du général Monck. Le général vainqueur a été à même d'influer sur toutes les grandes décisions, il est celui à qui s'adressent, pleins d'un fol espoir, des réformateurs utopiques comme Gerrard Winstanley, inspirateur du mouvement des bêcheurs (diggers), il incite à la guerre contre la Hollande, à des encouragements aux Frondeurs de Bordeaux, et, en avril 1653, sait assumer la responsabilité de chasser le Parlement croupion qui sera remplacé par le « Parlement des Saints ».
L'Instrument de gouvernement, première et seule Constitution écrite de l'Angleterre, lui confie, à titre viager, avec le titre de Lord protecteur des royaumes d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, le pouvoir exécutif, avec l'assistance d'un Conseil et la collaboration d'un Parlement. En fait, l'État était fondé su […]
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