Adulé par les uns, qui voient en lui une manière d'Arthur Rimbaud du cinéma, regardé avec plus de distance par d'autres pour lesquels il reste un cinéaste attachant mais non majeur, Nicholas Ray tient une place à part dans l'histoire du cinéma américain. Ses différends avec les producteurs, le remontage de certains de ses films, les problèmes qu'il connut avec l'alcool, sa retraite prématurée en 1962, ont contribué à façonner l'image d'un cinéaste maudit. Pourtant il est difficile de qualifier de maudit un metteur en scène qui a tourné, sans interruption, vingt films en seize ans, qui, à une exception près, n'a travaillé que sur des films aux budgets appropriés, pour les plus importantes sociétés de production hollywoodienne, et qui a été choisi par des vedettes telles que Humphrey Bogart et James Mason pour réaliser les films produits par eux. Ajoutons qu'il s'est vu confier des budgets phénoménaux par des « tycoons » tels que Howard Hughes et Samuel Bronston, et qu'il a terminé sa carrière en dirigeant trois superproductions. En comparaison de celle d'Orson Welles, sa carrière apparaît alors des plus normales et s'apparente, dans son évolution, à celle de nombre de ses contemp […]
