Adulé par les uns, qui voient en lui une manière d'Arthur Rimbaud du cinéma, regardé avec plus de distance par d'autres pour lesquels il reste un cinéaste attachant mais non majeur, Nicholas Ray tient une place à part dans l'histoire du cinéma américain. Ses différends avec les producteurs, le remontage de certains de ses films, les problèmes qu'il connut avec l'alcool, sa retraite prématurée en 1962, ont contribué à façonner l'image d'un cinéaste maudit. Pourtant il est difficile de qualifier de maudit un metteur en scène qui a tourné, sans interruption, vingt films en seize ans, qui, à une exception près, n'a travaillé que sur des films aux budgets appropriés, pour les plus importantes sociétés de production hollywoodienne, et qui a été choisi par des vedettes telles que Humphrey Bogart et James Mason pour réaliser les films produits par eux. Ajoutons qu'il s'est vu confier des budgets phénoménaux par des « tycoons » tels que Howard Hughes et Samuel Bronston, et qu'il a terminé sa carrière en dirigeant trois superproductions. En comparaison de celle d'Orson Welles, sa carrière apparaît alors des plus normales et s'apparente, dans son évolution, à celle de nombre de ses contemporains.
1. La vie et les films
Né le 7 août 1911 à Galesville dans le Wisconsin, Nicholas Raymond Kienzle commence par faire des études d'architecture (notamment avec Frank Lloyd Wright) et d'art dramatique. En 1932, il s'installe à New York où il conduit des activités théâtrales diverses (acteur, animateur ou directeur d'atelier, responsable administratif) au sein de différentes troupes, institutions ou universités. Au cours de ces activités, il se lie d'amitié avec Elia Kazan, Joseph Losey et John Houseman. En 1941, il est nommé par ce dernier directeur du War Information Radio Program. En 1943, il donne sa première mise en scène théâtrale à Broadway. L'année suivante, Elia Kazan le choisit pour être son assistant sur le tournage de son premier film, A Tree Grows in Brooklyn (Le Lys de Brooklyn). Il assiste ensuite John Houseman […]
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