Losey n'a pas choisi d'être aujourd'hui l'un des très rares, sinon le premier, metteurs en scène réellement cosmopolites. Si sa biographie peut expliquer sa carrière, elle ne saurait rendre compte à elle seule de sa probité artistique et de sa compétence professionnelle, dont il a su tirer parti. Son œuvre n'est ni répétitive ni confortable, elle est faite d'audaces périodiques, à travers lesquelles s'aperçoit mieux ce qui fait la maîtrise du cinéaste : moins des « thèmes » littéraires que la façon de les traiter, un jeu d'interférences qui, par-delà les ressemblances formelles d'un film à l'autre, dessine la trame d'un style et témoigne par-dessus tout d'un grand amour du cinéma.
1. Une formation exhaustive
Sa biographie est pourtant passionnante et instructive. Joseph Losey est né le 14 janvier 1909 à La Crosse (Wisconsin) ; son père était avocat, et l'enfant grandit dans une atmosphère puritaine (peut-être liée à une lointaine ascendance hollandaise) qui lui laissera une impression ambivalente : « Mon livre préféré est sans doute encore la Bible [mais] beaucoup de gens perdent leur vie à tenter vainement de s'en échapper. » Jusqu'en 1929, Losey (qui a renoncé à ses études de médecine) poursuit des études littéraires en même temps que des activités théâtrales aussi précoces que fécondes, qui l'amènent à la critique dramatique. En 1931, il fait connaissance de J. H. Hammond Jr., spécialiste de jazz et producteur de théâtre, pour lequel il sera régisseur, rewriter de certaines pièces (dont Jayhawkers de Sinclair Lewis) et coproducteur. Deux voyages en Europe en 1931 et surtout en 1935 le conduisent en Grande-Bretagne, en Suède, en Finlande et en U.R.S.S., où il s'initie aux progrès de la technique théâtrale et découvre l'œuvre de Bertolt Brecht.
En 1936, il prend une part importante au Living Newspaper, spectacle total (avec projection cinématographique, danse, mime, etc.) monté dans un théâtre de New York sous l'impulsion de l'administration Roosevelt ; il s'agit en fait […]
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