Il n'est pas rare que des querelles d'antériorité, concernant des découvertes anciennes, finissent par rendre impossible ou oiseuse l'attribution de celles-ci. Il n'est pas rare non plus qu'un filou « exploite » la trouvaille d'autrui et tente de s'en faire passer pour l'inventeur : l'histoire des sciences parvient généralement à le démasquer. Mais qu'un inventeur quelque peu chimérique voie sa création reprise, mise sous le boisseau puis confondue avec celle d'autrui, cet autrui étant lui-même un expérimentateur de valeur (et même un créateur), doublé il est vrai d'un homme d'affaires, voilà qui n'est pas fréquent. Tel fut le sort de Nicéphore Niépce, le véritable inventeur de la photographie.
Son enfance est marquée par un goût précoce pour la mécanique, goût qu'il partage avec son inséparable frère Claude. La paisible vie bourgeoise des deux jeunes gens, dans la maison familiale de Chalon-sur-Saône, est bouleversée par la Révolution. En 1794, les deux frères sont à Nice : Nicéphore y met au point et fait breveter une machine, le Pyréolophore, ancêtre du moteur à explosion, avec laquelle il fera mouvoir deux bateaux. En 1804, c'est le retour dans le domaine familial du Gras, à Saint-Loup-de-Varennes ; il y expérimente la culture du pastel et l'extraction du sucre de betterave. Dès 1813 il s'intéresse à la lithographie, introduite en France depuis une dizaine d'années mais pas encore à la mode. Ici se place sa première intuition : employer pour la reproduction des gravures (qui est alors la raison d'être de la lithographie) un vernis qui puisse servir de réserve contre l'action de l'acide, puis faire agir la lumière sur ce vernis à travers la gravure à copier. Grâce à une chambre noire dont il règle à volonté l'ouverture par un « diaphragme » de son invention, ancêtre du « diaphragme à iris » promis à un bel avenir, Niépce transpose des gravures sur le papier, sur le verre, sur l'étain émulsionné. En même temps il tâtonne à la recherche du meilleur vernis. En 1816, il peut […]
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