Dans le langage de métier, le motif désigne pour les peintres le sujet d'un tableau : « travailler sur le motif », c'est se placer en présence d'un modèle, la toile vierge devant en principe devenir le miroir, plus ou moins fidèle, du spectacle contrôlé par le peintre. « Les miroirs devraient apprendre à réfléchir avant de nous renvoyer notre image », disait Jean Cocteau. Boutade d'un « surréalisant » et d'un poète sans doute, mais réflexion plus grave d'un peintre qui connaît le métier dans toutes ses pratiques. En réalité, le miroir, moins réfléchissant que déformant peut-être, est ici l'œil, la main, le cœur surtout du peintre plutôt que la toile recevant ses impressions, car c'est lui le véritable et le seul intercesseur.
Le motif ne désigne pas la « figure » ; ni le portrait ni le nu ne se fait d'après un motif : il s'inspire d'un modèle. Quand on dit motif, on pense essentiellement paysage, et ce sont les paysagistes qui vont le plus sûrement « au motif ». La nature morte, portrait des objets immobiles pour les uns, paysage composé d'objets pour les autres, doit à cette ambiguïté l'équivoque de s'identifier parfois à un motif.
Le motif suppose en peinture l'imm […]
