5. Le sacrifice du taureau
La tauroctonie est au premier plan de cette bible en images que constituent les bas-reliefs mithriaques, comme au centre de la liturgie commémorative des banquets sacrés. Mithra poursuit le taureau, s'agrippe à lui, le garrotte, le traîne par les pattes de derrière jusqu'à un antre où l'animal est frappé au cœur par l'épaule gauche. Plusieurs représentations montrent Mithra chevauchant le taureau. C'est l'histoire d'une capture, qui rappelle certains travaux d'Héraclès. Quelle en est la signification ?
Le taureau est souvent figuré dans une sorte de barque ou de croissant lunaire. L'épithète avestique gaučiθra qualifie la lune comme « renfermant la semence du taureau », et l'on sait par le néo-platonicien Porphyre que l'astre passait pour être source de vie, réservoir des âmes. En domptant et immolant le taureau, Mithra force les âmes à s'incarner ou du moins à animer le monde matériel. Aussi Porphyre l'identifie-t-il avec le démiurge. Sur les reliefs, on voit un serpent et un chien sucer le sang jailli de la blessure, tandis qu'un scorpion pince les parties génitales du taureau ; un bouquet d'épis sort parfois de la plaie ou de la queue. Mais, sept siècles plus tard, le Bundahisn enseigne qu'Ahriman, l'esprit du mal, tua le taureau primordial ; de sa moelle est issue la végétation, et de son sperme recueilli dans la lune procèdent les espèces animales.
On a supposé que le mythe de Mithra tauroctone transcrivait la version originelle ; les zoroastriens auraient postérieurement imputé à Ahriman la responsabilité d'un sacrifice sanglant qu'ils condamnaient par principe. H. Lommel a voulu reconnaître une préfiguration védique de la tauroctonie dans le meurtre de Soma auquel participe Mitra ; mais Soma, dieu de la pluie fécondante qui tombe de la lune, n'est pas un taureau et dans ce mythe indien Mitra n'est qu'un complice, d'ailleurs hésitant. On est revenu en définitive à l'interprétation de F. Cumont : la mort du taureau est primitivement le fait d'Ahriman, mais o […]
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