En 1960, L'Amour existe annonce les films à venir de Maurice Pialat. « Longtemps j'ai habité la banlieue. Mon premier souvenir est un souvenir de banlieue. » Ce commentaire situe le monde du cinéaste, comme il aimait à le répéter, du côté de « ceux qui prennent le métro », à l'image du cinéma français populaire des années 1930. L'Amour existe et L'Enfance nue, son premier long-métrage, chacun à leur manière, comportent un aspect documentaire. Ce qui ne suffit pourtant pas à faire de Pialat le chroniqueur de la France profonde. Le cinéaste détestait d'ailleurs les étiquettes de « réaliste » ou de « naturaliste », et on ne saurait les appliquer à un film qui touche au surnaturel comme Sous le soleil de Satan, ou bien à l'interrogation concrète autant que spirituelle sur l'art et l'artiste que formule Van Gogh. De même que les cinéastes de la Nouvelle Vague, Pialat croit à l'objectivité absolue de la « machine » des frères Lumière tout autant qu'à un cinéma « à la première personne » défendu par François Truffaut. De plus, la biographie imprègne chacun de ses films et l'émotion vécue est au cœur de sa démarche, l'empêchant, parfois malgré lui, de se plier à l'attente supposée d'un public. Il en résulte une œuvre chaotique, faite de refus, de succès et d'échecs, qui ne ressemble à rien d'autre qu'à elle-même et à son auteur, et qui demeure un exemple pour toute une génération de jeunes réalisateurs.
1. « Recueilli temporaire »
Né le 31 août 1925 à Cunlhat (Auvergne), Maurice Pialat aurait pu, de par son âge, faire partie des cinéastes de la Nouvelle Vague. Mais s'il avait, comme eux, une passion pour Lumière et Renoir, il ne partageait pas la même culture. À deux ans, comme son père, commerçant en « tout », a fait faillite, le petit Maurice vit dans un milieu populaire à Courbevoie puis à Montreuil. Il découvre le cinéma au patronage (Chaplin, Laurel et Hardy, Carné, La Bête humaine...). Après les Arts décoratifs et les Beaux-Arts, où il est l'élève de Brianchon, Oudot et De […]
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