La carrière cinématographique de Sandrine Bonnaire naît un beau jour de 1982, lorsqu'elle accompagne deux de ses sœurs à un casting. Il s'agit des Meurtrières, un projet qui restera inabouti du cinéaste Maurice Pialat (1925-2003). Lorsqu'il réalise enfin l'adaptation des Filles du faubourg, qui deviendra À nos amours (1983) d'après les souvenirs d'Arlette Langmann, il reprend contact avec l'adolescente de quinze ans. Les essais sont plus que concluants. Sandrine Bonnaire a déjà tenu des rôles de figuration dans La Boum 2 (1982) et dans Les Sous-Doués en vacances (1982), mais le premier personnage qu'elle incarnera véritablement sera celui de Suzanne, une adolescente de quinze ans. Elle se montre capable de traduire à l'écran des sentiments contradictoires : une certaine fragilité, la tendresse parfois, mais aussi un esprit frondeur, qui n'accepte pas plus les diktats de la famille que ceux d'une morale largement dépassée. L'actrice semble avoir été plongée dès sa naissance dans le bain du cinéma comme d'autres dans le « chaudron magique », expliquera Pialat. Sa spontanéité, son jeu simple et immédiat, où l'effort ne se trahit jamais, rappelle deux qualités rares et indispensables chez un acteur de cinéma : la présence et l'évidence, et lui valent le césar du meilleur espoir féminin. Sa relation avec Pialat est très forte. D'autant qu'il interprète dans le film le rôle du père de Suzanne, la seule personne au sein de la famille avec qui elle s'entende. Mais la méthode « Pialat » est difficile, et les relations de Pygmalion et de sa Galatée ne sont pas toujours au beau fixe. Elle refuse le rôle qu'il lui propose dans Police (1985), se trouvant trop âgée, mais tient néanmoins un second rôle dans le film. Toujours au côté de Gérard Depardieu, elle sera une magnifique Mouchette dans Sous le soleil de Satan (1987), un de ses rôles préférés.
Alors qu'on la voyait presque comme la fille d'un seul film, voire d'un seul rôle – une sorte de prolongement un peu plus déluré du « nouveau naturel » des an […]
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