Comme pour nombre d'artistes américains de sa génération, l'œuvre de Mark Rothko se divise en trois périodes d'importance inégale : des débuts dominés par une figuration expressionniste appliquée ; une époque intermédiaire marquée par un surréalisme de plus en plus abstrait, une période que l'on qualifie d'expressionnisme abstrait ; où quelques variations ne défont pas l'homogénéité de la méthode et du style, désormais reconnaissables et identifiables comme ceux d'un seul signataire.
1. Une figuration expressionniste
Marcus Rothkowitz, né en Russie, est arrivé aux États-Unis à l'âge de dix ans. Après des études inachevées à la prestigieuse université Yale, où il suit une formation littéraire, il s'installe en 1923 à New York et y reçoit son premier enseignement artistique. Ses œuvres de jeunesse manifestent l'influence d'un de ses enseignants, le peintre Max Weber, ex-moderniste pratiquant désormais une figuration expressionniste, sur des sujets pittoresques principalement. Cette influence se renforce très vite de celle issue de sa régulière fréquentation de Milton Avery, coloriste grinçant, spécialiste des scènes de genre et lui aussi adepte de déformations expressionnistes mesurées. Jusqu'au tournant des années 1940, les tableaux de Rothko s'inscrivent parfaitement dans cette tendance expressionniste qui constitue l'un des principaux courants de l'art américain de l'époque. Montrés dans des expositions personnelles à partir de 1933, ils n'affichent pas de traits particulièrement saillants, même si l'historiographie a souvent cherché à y déceler les signes avant-coureurs de l'œuvre à venir, tels que l'homogénéisation de la palette au profit de quelques tons dominants, l'aplatissement et la géométrisation des figures et des décors. D'autres traits caractéristiques ont également été cherchés parmi les thèmes iconographiques qui renvoient à une description de la ville moderne comme espace de l'aliénation, notamment dans une suite de tableaux sur le thème du métro, peints entre 1935 et 1940 […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



