Mario Camerini est né à Rome en 1895. Grâce à son cousin, le cinéaste Augusto Genina, Mario Camerini débute comme assistant avant de passer à la réalisation avec Jolly, clown da circo en 1923. Mais ce n'est qu'en 1929, avec Rotaie (Rails) qu'il obtient un certaine reconnaissance critique et que son style, intimiste et gris-rose, s'affirme. Il s'agit là de l'un des derniers films muets italiens, mais la virtuosité en est remarquable : Camerini raconte comment un jeune couple, prêt à se suicider, trouve fortuitement une somme d'argent qui lui permet de vivre ses derniers jours dans le grand luxe de la Riviera. Au sortir de l'aventure, le couple optera pour la vie. Un apologue exemplaire des soucis de Camerini et de sa philosophie. Son œuvre regorge en effet de travailleurs et de petits bourgeois qui s'aventurent dans une sphère sociale élevée : immanquablement, ils leur faut revenir à leur point de départ. Ce conformisme plaît sans doute aux autorités fascistes en place qui, du coup, lui permettent de travailler avec une indéniable liberté, malgré une commande de propagande (Il grande appello, 1936). En fait, il s'agit moins pour Camerini de faire une concession au régime que d'exprimer un sentiment personnel sur la société.
Celui que l'on a appelé le René Clair italien possède au fond une inspiration sombre, où le destin social de chacun paraît impossible à infléchir. Alors que le cinéma italien engourdit son public dans le luxe ou le romanesque, Camerini peut montrer des gens du peuple et, chose rarissime à l'époque, des gens qui travaillent et qui sont représentés dans un milieu socio-professionnel précisément rendu. Le public italien fait un triomphe à Les Hommes, quels mufles ! (Gli Uomini, che mascalzoni !, 1932), délicate chronique d'une amourette entre une vendeuse de parfumerie et un mécanicien qui se fait passer pour un grand bourgeois. L'authenticité des scènes, situées dans la foire commerciale de Milan ou dans une auberge de banlieue, fait de ce film un document rare. Camerini inaugure là une collaboration heureuse […]
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