« Quelle belle époque tout de même ; un meeting continuel, on se figurait qu'on changerait le monde ou le gouvernement grâce à une douzaine de films, les slogans nous sortaient du cœur avec la détermination des balles de fusil : le néoréalisme est la conscience du cinéma, le cinéma est utile ou il n'est pas, il importe de s'attaquer à ce qui se passe et non à ce qui s'est passé, il faut connaître avant d'agir... » Le néo-réalisme a été la grande affaire de la vie de Cesare Zavattini. Né en 1902 à Luzzara, une bourgade de la plaine du Pô à quelques kilomètres de Parme, il est tour à tour enseignant, journaliste, critique de cinéma. Dès 1934, il écrit son premier scénario, pour Darò un millione tourné par Mario Camerini (1935). C'est le premier film d'une longue liste : il est crédité de plus de cent titres, dont vingt-six pour Vittorio De Sica, de Teresa Venerdi (1941) à Una breve vacanza (1973).
Le néo-réalisme est né dans l'Italie bouleversée de l'après-guerre, à la fois d'une situation d'extrême pénurie (la destruction des structures de production, la paralysie des studios, le manque d'électricité et de pellicule) et d'une volonté mûrie dans les années noires : tourner le dos à un cinéma d'illusions (les comédies à téléphones blancs comme les épopées impériales), sortir les caméras des décors construits et des éclairages trompeurs, aller à la rencontre de l'homme « vrai ». Dès 1938, Leo Longanesi lançait cet appel enflammé : « Nous devons réaliser des films sans artifice, tournés sans scénario, autant que possible sur le vif. Il faut se lancer sur les routes, porter la caméra dans les rues. » Zavattini est de ceux qui l'ont entendu. Dès 1942, pour Quattro passi fra le nuvale (Quatre pas dans les nuages) d'Alessandro Blasetti, il a écrit un scénario où passent le frémissement de la vie, le poids du quotidien gris, la difficulté des existences individuelles.
C'est cependant avec les scénarios de Sciuscià (tourné en 1946), de Ladri di biciclette (Le Voleur de bicyclette, 1948), de Miracolo a […]
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