Dans une carrière particulièrement féconde – une trentaine de films comme metteur en scène, plus d'une centaine comme acteur –, Vittorio De Sica a signé quelques œuvres qui comptent parmi les classiques de l'histoire du cinéma. Homme de spectacle, il est une des figures les plus représentatives de l'évolution du cinéma italien. Sa carrière a épousé les contradictions, les enthousiasmes, les abandons et les sursauts de courage qui ont caractérisé une époque tourmentée. C'est en pensant à la trajectoire unique de l'homme et du cinéaste qu'Ettore Scola, en 1974, a dédié à De Sica son film Nous nous sommes tant aimés.
1. Regarder la vie en face
Né en Campanie en 1901, Vittorio De Sica passe son enfance à Naples. En 1912, il suit sa famille à Rome et très tôt, parallèlement à des études de comptabilité, il s'intéresse au théâtre. En 1923, il réussit à se faire engager dans la compagnie de Tatiana Pavlova et commence aussi à faire du cinéma. Avec l'arrivée du parlant, il devient rapidement un des acteurs les plus appréciés du public. Mario Camerini (1895-1981) lui donne ses meilleurs rôles dans des films où se mêlent le sens du divertissement et une satire subtile de la société italienne. Adulé, De Sica aurait pu longtemps continuer une heureuse carrière de comédien. Pourtant, à la fin des années 1930, il est tenté par la réalisation dans un souci d'exigence personnelle. En 1939, il tourne son premier film, Rose scarlatte (Roses écarlates), une œuvre qui reprend le canevas des comédies brillantes dont il était la vedette. Il signe ensuite des films dans lesquels il s'efface progressivement en tant qu'acteur. Maddalena, zero in condotta (Madeleine zéro de conduite, 1940) est encore une comédie, mais déjà dans Teresa Venerdì (Mademoiselle Vendredi, 1941) pointent des traits plus aigus sur l'enfance malheureuse. Tourné en 1942, mais sorti seulement en 1944, I bambini ci guardano (Les enfants nous regardent) marque un tournant décisif : le cinéaste y dessine le portrait d'une femme écartelée entre son mar […]
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