Peu présente sur la scène publique, Marie NDiaye a très vite refusé le jeu médiatique qui aurait voulu faire d'elle une jeune prodige métissée symbole d'intégration. La polyphonie d'écritures qui caractérise son œuvre n'en rencontre pas moins un succès certain auprès du public. Peut-être pour sa capacité à instaurer, à partir des signes du quotidien, un univers proche de la fable et du merveilleux.
1. « Jouer avec la cruauté »
Marie NDiaye est née en 1967 à Pithiviers (Loiret) d'une fille d'agriculteurs beaucerons et d'un père sénégalais qui divorcent alors qu'elle n'a pas un an ; sa mère, institutrice, s'installe avec ses deux enfants près d'Antony, en région parisienne. À douze ans, Marie commence à écrire. À dix-sept ans, son premier roman est édité par Jérôme Lindon.
Quant au riche avenir (1985), roman d'introspection virtuose, montre que la débutante connaît ses classiques, tout en étant capable de distance envers eux. Son deuxième roman, Comédie classique (1987), parodie la tragédie antique, respecte les unités de temps et de lieu du classicisme. Composé d'une seule phrase, il remplace l'unité d'action par une gageure oulipienne. La Femme changée en bûche (1989) est la parabole d'un milieu éditorial diabolique.
Avec En famille (1991), Marie NDiaye affirme sa voix singulière. Elle transpose sa biographie avec une manière qui lui est propre de tout dire en n'avouant rien, de révéler la vérité profonde et non la réalité anecdotique. Fanny, rejetée par sa famille, cherche à se faire accepter à tout prix. Le récit s'élabore subtilement autour du thème de l'exclusion, mais avec la contrainte formelle d'en taire le critère déterminant (une peau noire ?), qui devient ainsi contingent.
Un temps de saison (1994) transforme le quotidien le plus banal en réalité onirique : l'été fini, une petite station balnéaire normande se referme comme un piège sur une famille de touristes. La Sorcière (1996) poursuit dans cette veine. Lucie étouffe dans un lotissement de banlieue. Son mari, qui la quitt […]
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