Bien sûr, lorsqu'on évoque la contralto américaine Marian Anderson, il y a le mythe et une vie entière consacrée à la lutte pour l'égalité des droits civiques. L'Amérique d'avant guerre n'est pas tendre pour ces Noirs qui ont la témérité de revendiquer leur part de Constitution, leur morceau de ce rêve américain qui était l'espérance du monde. Imaginons ce qu'est alors la réaction de ces ligues tétanisées par un conservatisme d'un autre temps, quand une jeune Noire a les moyens et l'audace de triompher dans un répertoire qui semble réservé de toute éternité à la race blanche. Marian Anderson est la première de ces grandes dames noires qui ont offert à l'art lyrique de nouvelles et somptueuses couleurs. Comme Paul Robeson, elle porte le negro spiritual à un rare point de perfection. Mais, bien mieux que lui, elle impose l'évidence de sa nature et la souveraineté de son chant dans les plus belles pages de la musique occidentale. Sans […]


