Les Japonais voyaient en lui un « trésor national ». Les Américains l'appelaient « le magicien du geste et du silence ». Lui-même se flattait d'être le Français le plus célèbre à l'étranger, avec le commandant Cousteau. N'a-t-il pas été applaudi, pendant plus d'un demi-siècle, sur toutes les scènes et tous les continents dans les habits de Bip, son double ?
Visage blanc, sourcils en accent circonflexe, lèvres pincées et petites larmes noires sous les yeux, il surgissait, vêtu de son éternel gilet ajusté sur un maillot rayé, pantalon blanc et ballerines aux pieds, un haut de forme défraîchi sur la tête, piqué d'une frêle petite fleur rouge tremblante. Son langage était universel. C'était celui du corps et du silence qui n'est autre, disait-il, que le « cri du cœur ».
1. Une longue tradition
Maître incontesté du mime ou plutôt du mimodrame, Marcel Marceau a redonné ses lettres de noblesse à un art qui semblait figé dans le souvenir du boulevard du crime. Se rattachant directement à Deburau, et avant lui au Pierrot des Italiens et de Watteau, il avait su lui insuffler une poétique et une énergie nouvelles, marqué par ses « maîtres » du xxe siècle : Keaton et plus encore Chaplin qu'il découvrit, à l'âge de dix ans, dans La Ruée vers l'or.
Cherchant à créer par les gestes et par l'image ce qui ne peut se traduire par le verbe, il s'appliquait à restituer la vérité des hommes et de leur condition, un peu à la manière des impressionnistes bien plus proches, expliquait-il, de la réalité qu'ils paraissaient dissoudre sur leurs toiles que les peintres académiques prétendant copier cette même réalité. Mais il ne se contentait pas de donner à « voir » un vent imaginaire soufflant sur la scène ou l'escalier tout aussi fictif dont il grimpait les marches, de faire surgir du néant toute une galerie de personnages (garçon de café, dompteur de lion, grand-mère au tricot...) pris dans le quotidien de saynètes burlesques, tragiques ou sentimentales. Il leur donnait son âme. Fondé sur une techniq […]
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