4. À la recherche de l'accord
C'est là le phénomène le plus significatif et le plus important de l'histoire du luth. On ne peut dire exactement si c'est le luth qui conduisit à l'harmonie ou les premières polyphonies qui la suggérèrent aux luthistes ; toujours est-il que le luth est un des tout premiers instruments à s'engager dans la voie qui fut celle de la musique occidentale. Il s'agit là d'un phénomène de rupture comparable à celui que l'on rencontre dans les sciences : une pratique – en l'occurrence celle des luthistes dans la polyphonie vocale et dans les adaptations qu'ils en faisaient pour leur instrument – provoque la naissance d'une théorie qui fonde cette pratique. Les luthistes rompent avec la pensée mélodique horizontale et passent à la pensée harmonique verticale : ils ont découvert l'accord.
On ne saurait minimiser une telle découverte puisqu'en réalité elle est la base de la musique occidentale. Elle s'affirme très tôt. Et l'on sait que les luthistes du xve siècle cultivaient déjà un art fort subtil puisque, en 1487, le théoricien flamand Johannes Tinctoris écrit avec admiration « qu'ils sont seuls à pouvoir jouer non seulement une ou deux voix, mais trois ou quatre en même temps, ce qui est fort difficile ».
Le xve siècle a laissé quelques noms de luthistes de cour, mais, paradoxalement, aucune de leurs compositions : on n'écrit toujours pas la musique pour le luth. Les cours princières témoignent d'un vif intérêt pour cet instrument. Il est présent partout, dans toutes les classes de la société. Il apparaît même dans les scènes religieuses : il est représenté par Vittore Carpaccio dans la Présentation au temple et par Francesco Francia qui le place aux pieds de la Madonna in trono. On attribue au luth des qualités toutes plus brillantes les unes que les autres. « C'est l'instrument des dieux. »
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 10 pages…



